Novak Djokovic a remporté ce lundi soir, contre Rafael Nadal, son premier US Open au terme d’un match d’une intensité rare. Vainqueur 6-2, 6-4, 6-7 (3), 6-1 en 4 heures et 10 minutes, il est le sixième joueur de l’ère Open à signer un petit Chelem. La passation de pouvoir entre les deux hommes est scellée.
19 années se sont écoulées entre les trois premiers petits Chelem de l’ère Open, œuvres de Rod Laver (un grand Chelem, à vrai dire) en 1969, de Jimmy Connors en 1974 et de Mats Wilander en 1988. Quant aux trois derniers, ils sont regroupés en quatre saisons, de 2007 à 2011, et Novak Djokovic vient de s’offrir le luxe de battre ses deux prédécesseurs, Roger Federer (2004, 2006 et 2007) et Rafael Nadal (2010), en demi-finales et en finale de l’US Open. Cet enchaînement en dit long à la fois sur la densité du tennis actuel et sur la performance du n°1 mondial, capable d’aligner deux matchs d’anthologie en trois jours face à des joueurs non moins légendaires que lui.
Après avoir sauvé deux balles de match samedi dernier contre Federer, seul joueur contre lequel il nourrissait un léger complexe d’infériorité cette saison, Nole est donc venu à bout de Nadal, qui l’avait justement privé de titre l’année dernière à New York. Il s’agit de la sixième finale remportée consécutivement face au Majorquin, une statistique qui pourrait laisser croire que la victoire devait aller de soi. Ce n’était pas le cas. Et le Serbe doit être bien content d’avoir pu prendre rapidement l’avantage au quatrième set, après avoir requis l’intervention du kiné à la fin du troisième pour soigner une douleur dans le bas du dos. Une cinquième manche aurait probablement été de trop pour lui, tout comme pour Nadal, d’ailleurs, qui a fini la rencontre au bord des crampes.
Pourquoi de telles difficultés alors qu’il ne s’agissait « que » du quatrième set ? Tout simplement parce que, pour leur 29e affrontement (16-12 pour l’Espagnol, 9-5 sur dur), les deux bonhommes ont mis 3 heures et 25 minutes à boucler les trois premiers. Parce qu’ils n’ont pas lésiné sur les moyens pour prendre l’ascendant. Et parce que chacun a dû puiser très tôt dans ses ressources, mentales et physiques, pour tenir un niveau de jeu qui a mis en émoi (parfois un peu trop !) les 23 000 spectateurs du stadium Arthur Ashe.
Le délire collectif démarre dès la première manche, où après avoir après avoir mené 2-0 et disposé de trois balles de 3-1, Nadal concède six jeux consécutifs. Extrêmement relâché, les pieds vissés sur la ligne de fond, Djokovic profite des balles courtes de l’Espagnol pour trouver des angles meurtriers, notamment sur la balle de break qui lui permet de prendre l’avantage à 3-2. C’est finalement sur un jeu blanc, le seul de ce premier set beaucoup plus disputé qu'il n’y paraît, qu’il prenf l’avantage au tableau d’affichage (6/2).
Le break arraché (2-0) par le Baléare au tout début de la deuxième manche redonne le sourire à oncle Toni, mais la joie sera de courte durée, à l’inverse du troisième jeu, qui dépassera les 18 minutes de jeu… Nadal s’y octroie trois balles de 3-0, mais il finit par craquer à la sixième balle de break, au terme d’un échange où il aura baladé Djokovic à loisir avant d’attraper la bande du filet sur un smash largement à sa portée. Le scénario de la manche précédente va se répéter jusqu’à 4-2 pour le Serbe, moment choisi par le gaucher de Manacor pour stopper l’hémorragie, revenir à 4-4 et se relancer complètement. Il ne le sait pas encore, mais son effort va s’avérer vain. Car son revers trop enroulé ne fait pas le poids face aux attaques du n°1 mondial. Deux jeux plus tard, le deuxième set bascule dans l’escarcelle du Belgradois, sur un merveilleux coup droit long de ligne (6/4).
Acculé, Rafa n’a d’autre choix que de réagir. Mené deux sets zéro, il doit inventer ces fameuses solutions qu’il cherche depuis leur choc en finale d’Indian Wells, au mois de mars dernier. Soudain plus conquérant, il décide de moins recouvrir ses coups, notamment du côté revers, pour peser davantage sur l’échange et prendre l’initiative. La partie s’emballe et l’on assiste à quatre breaks consécutifs entre 1-1 et 3-3, mais le nouveau patron, c’est bien Nadal. Il passe successivement à deux points du set à 5-4, puis à deux points de la défaite à 6-5, mais c’est finalement au jeu décisif, alors que le soleil se couche sur Manhattan, que va se jouer cette troisième manche.
L'assurance avec laquelle le Majorquin remporte ce tie-break, notamment sur le point d’anthologie grâce auquel il s’adjuge trois balles de set à 6-3, semble en faire le favori pour la suite du match, a fortiori lorsque le médecin débarque sur le court pour manipuler son adversaire. Mais la quatrième manche ne tardera pas à se décanter en faveur du Belgradois, dont le bras retrouve soudainement une légèreté létale. Il breake à 2-0 sur un coup droit long de ligne, puis signe un jeu blanc à 4-1, alors que Nadal semble souffrir des isquio-jambiers. La délivrance arrive sous la forme du 55e coup gagnant, un superbe coup droit décroisé .
Ça paraît totalement irréel. C’est une saison phénoménale qui continue, confie celui qui a signé ce soir sa 63e victoire de l’année, pour seulement deux défaites. Chaque match contre Rafa est un défi énorme, mais j’ai réussi à m’en sortir.
Novak a encore réussi des points incroyables aujourd’hui et il mérite sa victoire, a estimé Nadal. J’ai fait de mon mieux, c’était un match très difficile. J’ai joué agressif, mais il a réussi un bon come-back au début du quatrième. Je l’ai battu l’an passé, mais cette année il était au-dessus. Je vais travailler jour après jour pour revenir plus fort.